C’est avec une profonde émotion que j’apprends le décès survenu ce matin de René Samuel Sirat dans sa 93e année.
Né en Algérie en 1930, René Samuel Sirat est arrivé en France en 1946 pour entreprendre des études rabbiniques en parallèle de ses études littéraires et linguistiques.
Compagnon de route d’Emmanuel Lévinas, professeur des Universités, chargé de mission de l’Inspection générale de l’Éducation nationale pour l’enseignement de l’hébreu de 1973 à 1980, il devint ensuite professeur à l’Ecole des Langues Orientales (INALCO)où il dirige la section d’études hébraïques et juives pendant près de 30 ans.
C’est cet amour des langues, lien intime entre les peuples, qui l’a mené à imaginer et créer avec Robert Galley, l’Institut Universitaire européen Rachi de Troyes en 1990. Un centre européen d’études et de recherches hébraïques qu’il a dirigé durant 20 ans.
Il était revenu rue Brunneval en septembre 2017 lors de l’inauguration du centre culturel Maison Rachi qui lui fait face. Comme il en avait alors pris l’engagement, la salle Talmud y accueille désormais sa bibliothèque personnelle dont il avait fait don.
Son lien avec la ville de Troyes et l’œuvre de Rachi, qu’il a continué à mettre en lumière toute sa vie durant, est profond.
J’ai eu la chance de le côtoyer tôt. Ami de mon père, qui lui avait demandé qu’il le rejoigne sur la Mission du Bicentenaire de la Révolution française, j’ai ainsi travaillé avec cet Honnête Homme sur ce projet. J’avais eu l’honneur, en février 2012, il y a 11 ans presque jour pour jour, de lui remettre son grade de Grand Officier dans l’Ordre National du Mérite récompensant son engagement pour la Nation française.
Grand rabbin de France de 1981 à 1988, Vice-président de la conférence rabbinique, René Samuel Sirat était un profond humaniste. Servant Dieu, l’Homme était la mesure de toute chose pour lui.
Acteur du rassemblement des cultures et des espérances, il faisait de la « laïcité pacifiante, intégrant dans une réflexion approfondie les domaines du dialogue interculturel et interreligieux », une condition nécessaire du vivre-ensemble. Il avait ainsi fondé et dirigé la Chaire Unesco Connaissance réciproque des religions du Livre et enseignement de la paix et avait participé, aux côtés du cardinal Joseph Ratzinger, à la création de la Fondation pour la recherche et le dialogue interreligieux et interculturels à Genève.
En mon nom personnel, au nom du Conseil Municipal de Troyes et du Conseil Communautaire, je veux saluer son action au service d’une culture universelle, ouverte, de paix et assurer la communauté juive de Troyes, de France et sa famille de mon profond respect.
François Baroin
Ancien ministre
Maire de Troyes
Président de Troyes Champagne Métropole